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Organisé par : Nicolas Boileau / PR, LERMA Victoria-Isabel Fernandez / MCF, LPCPP Marie Rebecchi / MCF IUF junior, LESA
L’articulation entre l’intime et le public est une préoccupation des pratiques de soin à l’hôpital. C’est aussi une question centrale aux productions artistiques (ici filmiques et littéraires) qui cherchent à représenter les lieux du soin, notamment les institutions publiques où la médecine se pratique. Les patient·es se retrouvent souvent au cœur de dispositifs déjà établis où les « lieux de l’intimité » ou des « lieux à soi » sont pensés comme des enclos, la chambre (d’isolement) étant son corollaire.
Pourtant, ce « lieu à soi » n’est pas une évidence et la matérialisation de l’intime dans un lieu collectif ne saurait être si simplement résolue. Nous souhaitons travailler au sein de ce séminaire l’articulation entre l’espace de soin et l’espace à soi à partir de trois paradigmes : la littérature, le cinéma et la psychanalyse. Cette transdisciplinarité permettra d’aborder une thématique cruciale à partir d’angles différents : en partant de l’accueil de la crise psychotique en milieux psychiatrique (accueil qui donne lieu à tout un vocabulaire de la contenance), nous reviendrons sur l’avènement bourgeois de la notion de « foyer » et de « lieu à soi » au cours du XIXe siècle, pour décentrer le regard des soignants et soignés sur ce lieu central du soin à l’hôpital : la chambre. Le cinéma et la littérature dialectisent justement ce lien entre intimité et extimité, lieu à soi et lieu public, secret et subjectif. En choisissant de croiser les regards entre spécialistes du XIXe siècle et spécialistes du contemporain, nous entendons élaborer un premier cadre historico-culturel capable de soutenir notre intuition.
Nul sujet ne saurait habiter le monde sans le sentiment d’avoir, quelque part, son coin.
Les enfants nous le rappelleront si besoin était : habiter un lieu, commencer par aménager sa cabane, sa cachette. Nous interrogerons, à partir de la psychanalyse, ce qu’habiter veut dire. Nous nous demanderons à quelles conditions un sujet peut-il faire sa place au lieu de l’Autre. Quelle est la séparation, parfois nécessaire, qui instaure et préserve pour chacune et pour chacun la possibilité d’une intimité, soit d’un désir. La clinique de l’angoisse et celle du lien social en témoignent à l’envers : une vie sans les murs serait un cauchemar.
Nous examinerons la manière dont les romans à sensation (Sensation Novels), genre littéraire britannique du milieu du XIXe siècle, mettent en tension l’espace domestique — pensé comme « lieu à soi » — et les manifestations de troubles mentaux, en interrogeant l’articulation entre intime et confinement. Centrés sur les familles victoriennes de la haute société, ces récits inscrivent le crime, le secret et la maladie mentale au cœur du foyer, faisant de l’espace domestique un lieu à la fois protecteur et contraignant.